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Le blog de patybio

L 'art de la simplicité...une approche de l 'esthétique Zen

24 Mars 2011, 13:14pm

Publié par patybio

 


 

 

 

 

 

                                L’art de la simplicité

 


 

Un entretien  du magazine "Nouvelles Clés

Dominique Loreau auteure du livre :  L 'art de la simplicité ...Tout un message !


Nous gagnerions tant à vivre dans plus de dépouillement. Mais vider sa maison, ses placards, son agenda et même son carnet d’adresses ne suffit pas. Il faut aussi se vider l’esprit. Dominique Loreau, une Française conquise par le Japon, nous dit comment l’esthétique zen l’a métamorphosée.

 


Épurez votre maison ! Videz vos armoires ! Abandonnez vos achats compulsifs ! Mangez plus frugal ! Débarrassez-vous des tonnes de superflu qui vous empêchent de vivre ! Les injonctions de Dominique Loreau sonnent quasiment comme des ordres. Non qu’elle soit de tempérament autoritaire, mais parce que son bonheur s’est si clairement épanoui le jour où elle a osé faire le grand vide, que nous sommes formidablement tentés de l’imiter. Attention, le “grand vide” concerne absolument tous les aspects de l’existence : la garde-robe aussi bien que la bibliothèque, le garde-manger aussi bien que le carnet d’adresses ! Pour cette grande voyageuse - finalement subjuguée par le Japon zen où elle vit depuis vingt cinq ans -, nos vies sont encombrées de toutes les manières possibles : trop d’objets et trop de nourriture, mais aussi trop d’activités, trop de relations, trop de bavardages, trop de pensées... Quel que soit le domaine l’on regarde, notre espace-temps est rempli comme un cagibis, où il est impossible d’évoluer. Or, ce qui nous encombre n’est presque jamais vitalement indispensable. Toute la force de l’esprit zen est de montrer que l’esthétique naît de la seule utilité vitale.

Dans un livre paru en 2005, voir présentation sur mon blog

L’art de la simplicité (Robert Laffont), Dominique Loreau nous entraînait dans son dépouillement - étonnamment sensuel -, passant d’une maison (presque) vide à un corps (presque) austère, et de là à un esprit (complètement) vivant. À la lire, un formidable désir de simplification nous avait envahis, nous aussi. Nous avons tenu à rencontrer cette femme si subtilement provocante.


Nouvelles Clés : Quand on vous lit, l’envie nous prend de vous imiter et de faire le vide de nos armoires, de nos salons, de nos agendas et même de nos têtes ! Comment vous est venu cet attrait pour le dépouillement ? Y a-t-il eu un déclic ou êtes-vous née comme ça ?

 


Dominique Loreau : J’ai toujours aimé l’ordre, les voyages et les belles choses. Les trois combinés vous obligent à la simplicité. Quand je suis arrivée au Japon, il y a vingt-cinq ans, j’ai voulu devenir antiquaire, tellement j’appréciais leur mobilier. Mais finalement, je me suis aperçu que cela m’encombrait plus qu’autre chose et j’ai commencé à m’en débarrasser. De toutes façons, à part quelques très beaux objets, je n’ai jamais supporté d’avoir des choses inutiles dans ma maison, autour de moi... Je pense donc que c’est dans ma nature. Pour me sentir « chez moi », je n’ai besoin d’aucun objet, mais de calme, de silence, de chaleur en hiver et de fraîcheur en été, et de la possibilité de prendre un bon bain.


N. C. :Cet art de vivre vous vient-il de votre éducation ?


D. L. : Pas spécialement. J’ai cinquante ans et j’ai donc été enfant à une époque où l’on avait beaucoup moins d’objets qu’aujourd’hui. Il n’y avait pas tellement de choses chez mes parents - cela ne nous préoccupait pas. Je n’ai jamais éprouvé le besoin de posséder beaucoup de choses. À 20 ans, j’aimais n’avoir dans ma chambre qu’un lit, un tableau au mur et un fauteuil. Mais je n’y faisais pas spécialement attention. Mon amour pour la grande simplicité m’est venu au Japon, quand j’ai vu les intérieurs zen... et le contraste que cela faisait avec leurs appartements contemporains, croulants sous les objets les plus divers. Et puis, le fait de persister à voyager m’a aidé à me défaire de beaucoup de choses. Bref, tout a concouru à ce que je ne garde avec moi que très peu de choses.


N. C. : Les Japonais d’aujourd’hui sont loin de l’esthétique zen ?


D. L. : Cela dépend... À première vue, oui. Je crois n’avoir jamais vu d’appartements aussi encombrés que ceux des Japonais ! Des accumulations invraisemblables. Il y en a partout, par-dessus les armoires, avec des boites entassées jusqu’au plafond ! Même chez les gens riches. Plus il y a de la place, plus ils en mettent. C’est affolant.


N. C. : La boulimie pourrait être considérée comme un réflexe d’affamé, qui a peur de manquer - comme les écureuils, angoissés et craignant pour l’avenir. Mais les Japonais sont riches...


D. L. : Ils ont été très pauvres jusque récemment dans l’histoire. Après la seconde guerre mondiale, ils ont tout perdu et ont complètement changé de mentalité. Ils se sont mis à travailler, travailler, travailler, pour avoir des biens matériels, pas forcément des objets de valeur. Dans les pays riches, la société de consommation a ceci d’apparemment généreux, mais en fait de pervers, qu’elle permet aux pauvres d’accumuler une quantité d’objets de basse qualité. C’est comme ça, même en France. Même ceux qui ont le moins d’argent dépensent tout pour accumuler des tas de choses superflues. La plupart des gens ne se rendent pas compte qu’ils gagneraient à vivre dans plus de dépouillement.

Cela dit, même les Japonais les plus modestes me semblent infiniment plus capables d’apprécier la beauté simple que les Occidentaux, même riches. Imitons cet aspect-là de leur culture. Leur façon d’apprécier le thé, par exemple ! Je dois dire que le thé est devenu ma drogue - en l’occurrence, le thé chinois, que les Japonais apprécient, par exemple le thé Hou Long, dont il existe des milliers de sortes - certaines plus chères que les meilleurs Bordeaux. C’est un thé un peu fermenté... Le thé vert n’est pas fermenté. Le thé anglais, le « thé rouge » ou noir, est aussi fermenté qu’une peau de banane pourrie. Le thé Hou Long n’est fermenté qu’à 30%, à l’extérieur. Ça dépend aussi de la saison, il y a le thé d’été, d’automne, de printemps... On peut être très high avec du thé. Je l’ai découvert après un grand chagrin d’amour. C’est le seul remède qui m’a permis de traverser l’épreuve !

Aujourd’hui, la sensualité du thé peut me suffire pour m’apaiser ! Elle s’intègre si bien à tout ce que le Japon m’a appris dans l’ordre des plaisirs sensoriels. Chez moi, c’est moins le toucher que l’odorat. La vue, évidemment aussi... Et l’ouïe ! Je suis en train d’écrire un livre sur la pluie. Le bruit de la pluie, sur les arbres, sur les toits, est ma musique préférée.


N. C. : L’eau nous ramène au bain, qui fait donc partie de votre minimum vital. Il ne s’agit pas de se laver...


D. L. : Mon Dieu non ! On se lave avant ! Ce n’est qu’une fois bien propre qu’on entre dans son bain, très chaud, pour méditer ou rêver. La baignoire peut être en bois de cèdre, dont le parfum est rehaussé par la chaleur... Les Français ne connaissent pas le plaisir du bain. Les sources thermales japonaises, jaillissant des rochers, offrent le summum du bonheur. Imaginez-vous l’hiver, dans l’eau brûlante jusqu’au cou, la nature enneigée tout autour, et devant vous un petit plateau en bois léger, sur lequel on a posé un verre de saké... Quand vous avez trop chaud, vous faites quelques pas dans la neige et vous revenez vite vous plonger. Rien ne peut me combler davantage. Même l’odeur du soufre y devient délicieuse. Un autre grand plaisir sensuel qu’offre le Japon est le contact du bois, surtout dans les temples et les auberges. Le bruit des pieds nus sur un tatamis de bois vous apaise et vous élève. Les Japonais ont gardé l’art de choisir des bois qui chantent sous vos pas, comme des grillons. C’est si simple !


N. C. : Dans votre appel à la simplicité, vous conseillez certes de vider armoires et maisons, mais aussi le carnet d’adresses, l’agenda et même la tête ! Vous pratiquez la méditation zen ?


D. L. : Oui, depuis longtemps, avant même d’arriver au Japon, quand je vivais aux États-Unis. Aujourd’hui, c’est cela qui compte le plus. Vider sa garde-robe ou sa maison, c’est ce que j’ai fait il y a vingt ans. Pour moi, c’est complètement dépassé - et mon livre est une synthèse des notes que j’avais prises à cette époque-là. Aujourd’hui, ce que je vide surtout, c’est mon emploi du temps. J’essaie d’avoir le plus de temps possible, de disponibilité. Je reste beaucoup chez moi, en silence. Et j’approfondis ce qui m’intéresse vraiment dans la vie. Je ne supporte plus les relations médiocres, superficielles. Je sélectionne attentivement les gens que je rencontre, les mets que je mange, les émissions que je regarde à la télévision. Je trouve triste de voir combien nos contemporains s’enlisent dans des faux problèmes. Ils se compliquent la vie. Pourquoi payer pour aller faire du sport dans un gymnase éloigné et cher, quand vous pouvez vous exercer à tout instant, par exemple en vous promenant, ou en faisant le ménage ?


N. C. : Mais dépouiller son carnet d’adresses semble plus difficile. Vous rayez les noms des personnes les moins “intéressantes” ? Le sage indien Osho disait : « Heureux êtes-vous si vous avez beaucoup d’amis. » Certes, il parlait de vrais amis...


D. L. : Or, vous savez bien que les vrais amis sont rares. Et puis, tout le monde change, dans la vie. Je crois qu’il faut laisser tomber certaines relations à certains moments. Tout conserver, pour la sacro-sainte raison qu’on connaît les gens depuis longtemps ne tient pas. Si on n’a plus d’atomes crochus avec quelqu’un, autant ne plus le contacter. J’ai laissé tomber des gens, à qui j’envoyais des cartes de vœux depuis vingt ou trente ans, alors que nous n’avions plus rien à nous dire. À quoi bon ? Un jour, j’ai décidé d’arrêter ça.


N. C. : Pour laisser la place à autre chose...

D. L. : Bien sûr. D’abord pour me libérer des fausses pressions mentales. À quoi bon entretenir de fausses relations ? Par devoir moral ? Par peur de se retrouver seul ? Les vrais amis, on a envie de les voir, des les appeler, de les contacter souvent ! On a besoin d’eux. Et on vit tellement plus tranquille, quand on a peu de personnes dans sa vie - mais qui comptent vraiment ! On est beaucoup plus disponibles pour elles... C’est comme ça que je fonctionne. Je sais que je choque beaucoup de gens (rire).


N. C. : Finalement, vous nous invitez à vider nos têtes, toutes encombrées de pensées inutiles...


D. L. : Quand vos sens sont éveillés, vous avez moins besoin de penser. Vous oubliez tout et arrivez au point zéro de la pensée, au satori que les moines zen mettent tant d’heures de méditation à atteindre ! (rire) Je ne critique pas. Ce qui me plaisait, quand j’étais en retraite zen, c’était de voir le jour se lever, après la méditation, et participer au ménage, pour obtenir un temple immaculé, calme, pur. Je ne comprenais rien aux prières, mais cela n’importait guère. Le son du gong, les voix des femmes qui chantaient, la sourde vibration des voix d’hommes. Nous passions à un autre niveau. Et je me rendais compte que c’est ça, la vie ! Chacun pourrait connaître ce bonheur s’il devenait responsable de son environnement. Il suffit d’avoir un balais et une pelle. Et un sens moral. Dans une ville où tout le monde aurait un sens moral, il n’y aurait même plus besoin de feux rouges dans les rues, les gens feraient attention les uns aux autres. Mais même sans pousser si loin, nous pourrions vivre de façon beaucoup plus simple, plus esthétique, plus conviviale si chacun se prenait en charge. Et la politique, les religions deviendraient de faux problèmes. Les Japonais sont un peu comme ça. Beaucoup plus ouverts qu’on ne le dit. Même aux autres religions : j’ai des amies japonaises qui sont à la fois shintoïstes (pour les naissances ou les enterrements), catholiques (pour leur mariage), protestantes (pour l’écoute des prédications), bouddhistes (pour la méditation)... le mélange ne les gêne pas. L’important est la foi. Ils ont généralement l’humilité de reconnaître que quelque chose les dépasse. Ce qu’ils tiennent vraiment en main, c’est la culture de leur corps. Pour eux, la nourriture, par exemple, ne se conçoit qu’à un niveau spirituel. Couper un légume avec concentration et respect - il y a beaucoup de haïkus merveilleux sur le simple petit navet, rose et blanc, posé sur une assiette de laque noire, découpé et préparé de mille façons. Ou prendre un simple bol de soupe dans ses mains : c’est un geste sacré. Soulever doucement le couvercle, humer le fumet, contempler le paysage d’un champignon, d’une noix, d’une algue. Ou bien, imaginer des filets de poisson, présentés sur un lit de glace, sur le petit comptoir en bois précieux ultra astiqué d’un restaurant modeste, avec le cuisinier en blouse blanche derrière, qui attend votre appréciation comme un jugement divin... Quel partage ! Et cela est compris, même par les Japonais les plus modestes.

Je prépare des notes sur tous ces sujets pour un prochain livre. Dans L’Art de la simplicité, beaucoup de gens n’ont vu que la première partie, qui concerne le dépouillement matériel. Alors que pour moi, c’est seulement une condition pour procéder au dépouillement mental. Maintenant, je me concentre là-dessus. Plus ça va, plus j’ai envie d’inverser la phrase de Descartes : non pas « Je pense donc je suis », mais « Je suis donc je pense. » On devrait accorder beaucoup plus d’importance à ses sens qu’à ses pensées. On capte beaucoup plus de cette façon. Il y a énormément de choses sur lesquelles on ne peut pas mettre de mot et ça ne sert donc à rien de les expliquer.

Il n’y a pas très longtemps, j’ai eu une petite illumination. Cela fait vingt-six ans que je suis au Japon... Or, les Japonais détestent tout ce qui est conversation philosophique, métaphysique, etc. Il n’en parle jamais. Même de religion. Et pourtant, ils sont très spirituels. Pour eux, l’important, c’est par exemple de bien manger, des choses raffinées, d’aller dans des sources thermales, etc. Et je me suis dit qu’en fait, eux ont compris que chercher à savoir qui on est, pourquoi on vit, où on va, tout ça est vain. Grâce à leur culture zen, ils ont compris que l’essentiel est de bien vivre et de profiter des sens autant qu’on le peut. Nous, en Occident, on se sent toujours un peu coupable de jouir. Pour nous, ce n’est pas sacré...


N. C. : Depuis quelques décennies, on essaie de changer ça. Mais les vieilles culpabilités ne s’en vont pas si facilement.


D. L. : Et l’on continue à vouloir tout expliquer par le mental et à se déculpabiliser en justifiant la jouissance par la santé. Nous devons nous défaire de toute la chape mentale que notre culture nous a injectée, par la religion, la philosophie... Essayons de vivre mieux sans forcément chercher le pourquoi de tout ! Laissons-nous aller à la paresse. On parle beaucoup de lâcher prise, mais ça ne doit pas être par réaction au stress : plutôt un état d’être, naturellement euphorique, mais sans ostentation, précieusement contenu à l’intérieur de nous.

Propos recueillis par Bobby Lœwenstein
                                  En toute simplicité profitez de votre belle journée Paty

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Commenter cet article

yveline 25/01/2012 21:34


lacher prise et 


faire du vide 


 


 


 

Canardjaune 26/03/2011 22:03



Bonsoir Pas facile de vider ses armoires ? Hé bien le plus simple c'est de ne pas avoir d'armoire ...et moi cela ne me dérange pas ; par contre mes livres non pas encore mûr pour m'en débarrasser
.Bises et bon week-end   



DAROME 26/03/2011 17:48



J' ai déjà commencé le grand "nettoyage de printemps" : les amis, je crois que c'est fait ; la tête, je suis entrain et les placards sont les suivants sur ma longue liste de choses à "Virer"J'ai
demandé à mon mari de me ramener de gros cartons pour donner aux bonnes euvres.


Bises et bon week end


Domie



Solea 25/03/2011 21:07



J'aime bien l'énergie de son livre l'art de la simplicité. Merci pour cette interview. Belle soirée



PEARL 25/03/2011 20:16



Bonsoir Paty


un coucou pour te souhaiter un très bon début de week-kend et une douce soirée bises amicales