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Le blog de patybio

L’intelligence de l’humilité

22 Janvier 2011, 17:38pm

Publié par patybio

 

 

 

                  

 

                     L’intelligence de l’humilité

 

 

 

Chronique de: Denis Marquet

Magazine Cles

« L’humilité est l’intelligence de celui qui ose. La modestie, l’orgueil de celui qui n’ose pas. » (Tariq Demens, Diaphorismes, p. 76)

 

Que signifie oser ? L’attitude de celui qui affronte la peur. J’ose quand je redoute un acte (me jeter à l’eau, changer de vie...), mais que je ne m’abstiens pas pour autant. Il est bien des manières d’éviter la peur ! Celle du téméraire, qui ne la connaît pas parce qu’il est inconscient du réel, et qui agit, mais sans conscience. Celle du lâche, qui neutralise son effroi en s’abstenant d’aller vers ce qui l’effraye. Lui est conscient, mais n’agit pas. Au contraire, celui qui ose a malgré tout peur, mais il agit quand même. Il accepte l’expérience de la peur.

 

N’est-ce pas là une première définition de l’humilité ? La peur repose en effet sur le sentiment que je ne contrôle pas tout, que mon système de défense ne me rend pas invulnérable : je peux être blessé, tué, je peux souffrir. La peur est une connaissance : je ne suis pas tout-puissant. Être humble, c’est donc d’abord comprendre les limites inhérentes à sa condition. En cela, déjà, l’humilité est une intelligence. Mais cela ne suffit pas. Car comprendre ses propres limites, c’est aussi le risque de s’y laisser enfermer. On s’en contente. On n’a pas la « prétention » de dépasser sa condition... Humilité ? Non, modestie ! Je suis alors modeste dans mes ambitions, modeste dans ma conception de la vie, fier d’être modeste, puisque l’usage fait de la modestie une vertu. « L’orgueil de celui qui n’ose pas »...

 

Dans les tragédies grecques, l’arrogance de celui qui prétendait dépasser sa condition (le péché d’ubris) était sévèrement puni par les dieux. Mais c’est que le héros ne comptait alors que sur ses seules forces, dont les limites échappaient à son intelligence. Entre la modestie de celui qui ne s’aventure pas au-delà de ses propres limites et le délire de toute-puissance de celui qui refuse de les reconnaître, il y a une autre voie, celle de l’humilité : comprendre ses limites, - mais pour aller au-delà ! Le trac de l’artiste en donne un bon exemple. Le véritable acteur a conscience, au moment d’entrer sur scène, que tout ce qu’il sait (son texte), tout ce qu’il sait faire (sa technique), tout ce qu’il maîtrise, tout cela est cruellement insuffisant.

Car pour que l’art ait lieu, il faut plus : cela qui ne peut que lui être donné s’il se dispose à le recevoir, et qui est de l’ordre du mystère : cette présence, cette justesse - la grâce. Il a donc peur, car il sait que l’aventure de la scène est au-delà de ses seules forces. Mais il y va quand même, dans l’espérance que lui soit donné ce qui le dépasse et donne sens à l’aventure de son art et de sa vie.

Le trac, dont Louis Jouvet disait qu’il vient avec le talent, est l’humilité de l’artiste. Et celle-ci est une intelligence de la vie, du pouvoir créateur de la vie. Or chaque situation de notre vie, pour qu’elle donne toute sa fécondité, n’est- elle pas au-delà de nos seules forces ? Ne requiert-elle pas l’inspiration, la grâce, et donc l’humilité qui en est le terreau ? L’humilité, soeur de la foi - celle qui déplace les montagnes.

© Denis Marquet

 

                                                Bon week-end paty

 

 

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BRITT 17/09/2011 18:18



j'aime l'idée de l'humilité alliée à la foi


tout ceci me donne à penser que Mimulus en fleurs de Bach pourrait nous y aider !


 



patybio 17/09/2011 22:05



tu as surement raison...merci de ta visite Britt.Bon dimanche


 



Or. 29/01/2011 11:37



Encore un superbe article qui relate bien la dualité entre l'intélligence et la complexité de l'humilité.


Simone weil dans un texte philosophique (La Pesanteur et la grâce) relatait avec fidélité cette ambivalence - Je la cite:


Nous savons au moyen de l'intelligence que ce que l'intelligence n'appréhende pas est plus réel que ce qu’elle appréhende. Dans le domaine de l'intelligence, la vertu d'humilité n'est pas autre
chose que le pouvoir d'attention. Il n'y a rien de plus proche de la véritable humilité que l'intelligence. Il est impossible d'être fier de son intelligence au moment où on l'exerce réellement.
Et quand on l'exerce on n'y est pas attaché. Car on sait que, deviendrait-on idiot l’instant suivant, et pour le reste de la vie, la vérité continue à être. «Seulement l'intelligence doit
reconnaître par les moyens qui lui sont propres, c'est-à-dire la constatation et la démonstration, la prééminence de l'amour. Elle ne doit se soumettre qu'en sachant pourquoi, et d'une manière
parfaitement précise et claire. Sans cela, sa soumission est une erreur, et ce à quoi elle se soumet, malgré l'étiquette, est autre chose que l'amour surnaturel. C'est par exemple l’influence
sociale.

Le rôle privilégié de l'intelligence dans le véritable amour vient de ce que la nature de l'intelligence consiste en ce qu'elle est une chose qui s’efface du fait même qu'elle s'exerce. Je peux
faire effort pour aller aux vérités, mais quand elle sont là, elles sont et je n'y suis pour rien.»

( Nous savons au moyen de l'intelligence que ce que l'intelligence n'appréhende pas est plus réel que ce qu’elle appréhende. Dans le domaine de l'intelligence, la vertu d'humilité n'est pas autre
chose que le pouvoir d'attention. Il n'y a rien de plus proche de la véritable humilité que l'intelligence. Il est impossible d'être fier de son intelligence au moment où on l'exerce réellement.
Et quand on l'exerce on n'y est pas attaché. Car on sait que, deviendrait-on idiot l’instant suivant, et pour le reste de la vie, la vérité continue à être. «Seulement l'intelligence doit
reconnaître par les moyens qui lui sont propres, c'est-à-dire la constatation et la démonstration, la prééminence de l'amour. Elle ne doit se soumettre qu'en sachant pourquoi, et d'une manière
parfaitement précise et claire. Sans cela, sa soumission est une erreur, et ce à quoi elle se soumet, malgré l'étiquette, est autre chose que l'amour surnaturel. C'est par exemple l’influence
sociale.

Le rôle privilégié de l'intelligence dans le véritable amour vient de ce que la nature de l'intelligence consiste en ce qu'elle est une chose qui s’efface du fait même qu'elle s'exerce. Je peux
faire effort pour aller aux vérités, mais quand elle sont là, elles sont et je n'y suis pour rien.»

" Nous savons au moyen de l'intelligence que ce que l'intelligence n'appréhende pas est plus réel que ce qu’elle appréhende. Dans le domaine de l'intelligence, la vertu d'humilité n'est pas autre
chose que le pouvoir d'attention. Il n'y a rien de plus proche de la véritable humilité que l'intelligence. Il est impossible d'être fier de son intelligence au moment où on l'exerce réellement.
Et quand on l'exerce on n'y est pas attaché. Car on sait que, deviendrait-on idiot l’instant suivant, et pour le reste de la vie, la vérité continue à être. «Seulement l'intelligence doit
reconnaître par les moyens qui lui sont propres, c'est-à-dire la constatation et la démonstration, la prééminence de l'amour. Elle ne doit se soumettre qu'en sachant pourquoi, et d'une manière
parfaitement précise et claire. Sans cela, sa soumission est une erreur, et ce à quoi elle se soumet, malgré l'étiquette, est autre chose que l'amour surnaturel. C'est par exemple l’influence
sociale.

Le rôle privilégié de l'intelligence dans le véritable amour vient de ce que la nature de l'intelligence consiste en ce qu'elle est une chose qui s’efface du fait même qu'elle s'exerce. Je peux
faire effort pour aller aux vérités, mais quand elle sont là, elles sont et je n'y suis pour rien.»

Merci pour le partage - j'aurai plaisir à conjuger et partager sur cette complexité.


Or.


 


 



patybio 31/01/2011 17:19



Merci pour ce partage: "La pesanteur et la grâce" extrait enrichissant  de Simone Weil.A relire!


Vaste sujet  complexe à debattre  encore dans un prochain post!


Bonne soire et au plaisir de vous lire.Paty


 



Carine et Faro 24/01/2011 18:36



Encore une frappe chirurgicale ! Je vais encore passer une nuit à méditer sur ce concept pénétrant de vérité. Je suis justement en train de lire un bouquin sur à peu près le même thème :"Tremblez
mais osez" de Susan Jeffers. Bon bah à ce rythme je vais bien finir par réussir mes prises de parole en public ! Merci ma cousine et bisous à tous ! Carine et Faro



patybio 25/01/2011 17:07



Tu as fai tun bon choix concernant ce livre qui cartonne en ce moment...Tu me diras si vraiment les conseils sont salutaires lors de la mise en pratique!!!


Merci pour tes commentaires enrichissants..C 'est tjrs un grand plaisir d 'accueillir tes impressions à chaud!


Bonne soirée et bises à vous 5 Paty



J-P DUDUL 24/01/2011 08:21



Bonjour Pathy


Merci de tes compliments !


Cette route mène vers l'infini et l'infini est notre destination finale !!!


Bonne journée et merci de ces belles recettes !


Bises



lypha 23/01/2011 17:30



Je parle plutôt de fausse modestie mais c'est juste une question de mots


Très intéressant comme toujours et j'adorais Louis Jouvet, quel artiste !!!!


Une très belle soirée à toi


Bisous


Lypha